Singe d’une nuit d’hiver

– Ah. Shakespeare, cette fois ?

– Pardon ?

– Le titre de ce texte, c’est un jeu de mots avec « Le Songe d’une nuit d’été » , j’imagine ?

– Nnnn… non. Je peux commencer ?

– Pardon… Commencez.

Convenons d’abord que l’« hiver », ça existe partout dans le monde, et pas seulement dans les zones où la température chute jusqu’à se prendre les pieds dans un tapis de neige. Même les pays comme… non, pas de nom… Même les pays où il fait chaud et moins chaud dans l’année connaissent l’hiver – qu’est-ce que vous croyez ? -, puisque l’hiver, c’est la saison comprenant « les mois les plus froids » sur cette période s’étirant entre le 1er janvier et le 31 décembre.

Pour des ressortissants, comme moi, de Frileuxdougou (ou Keur Frileux yii, ça sonne différent selon la langue que vous parlez – mais ne le cherchez pas sur une carte, c’est un pays qu’on a dans la peau en général), l’hiver commence à 22 ° C ressenti 10 ou 5 parce qu’un vent fort frais s’invite à l’accompagner alors qu’il serait plus intelligent d’aller souffler ailleurs…

Boissons de saison

L’hiver, c’est la saison où l’on a envie de rester chez soi à manger du tigadèguè chaud, boire des litres de café brûlant…

– Ou du thé. Moi, je n’aime pas le café.

– Soit. Des hectolitres de thé brûlant.

– … ou du chocolat chaud. Ca, c’est une boisson de saison, quand il fait froid.

– Chocolat, chicorée, bissap, eau ou jus de patate, ce que vous voulez. L’essentiel, c’est que ce soit liquide et chaud, non ?

– Oui, mais le jus de patates, c’est de la purée, ce n’est pas vraiment liquide.

– D’accord, de la purée. Je peux continuer ?

– Pardon… Continuez.

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(Photo : Coumba Sylla)

Donc, pendant l’hiver, on n’a absolument pas envie de se faire interrompre à tout bout de champ… Enfin, on a envie de manger chaud et rester chez soi au chaud. Ou, si on est contraint de sortir de chez soi (pour gagner sa vie, comme cela arrive à des milliards d’entre nous ici-bas), on aurait bien envie de se promener couette sur le dos. Ce que ne tolèrerait pas, hélas, la société, qui préfère les pulls, doudounes, manteaux et autres sweat-shirts.

A propos de sweat-shirt, d’ailleurs, j’imagine que celui à capuche pour enfants par qui le scandale est arrivé chez une chaîne de prêt-à-porter suédoise ne vous a pas échappé. Si le scandale vous a échappé, voyez Le Nouvel Observateur, L’Express, Slate ou Grazia par exemple.

La faute de l’hiver ?

Dans tout ce que j’ai lu sur ce sujet, je n’ai senti personne songer que ça pourrait bien être la faute de l’hiver.

Vous savez le temps qu’il fait, en hiver, en Suède ? Les températures sont trr… ttrrrr… très bbb… basses. (Rien que d’y penser, j’en frissonne !)  A ce qu’on dit (sur Wikipédia, je précise – je n’ai encore jamais été dans ce pays), en Suède, « l’hiver n’est qu’une nuit sans fin : le soleil ne se lève pas mais il y a assez de lumière pour voir clair quelques heures (varie selon les endroits) ».

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(Photo : Coumba Sylla)

Et quand le soleil lui-même n’a pas envie de montrer le moindre petit rayon, on peut déprimer, n’est-ce pas ? C’est peut-être à un moment de ce genre que des neurones ayant perdu leur couette en chemin ont laissé échapper chez quelqu’un cette idée de choisir un petit Noir comme mannequin pour un sweat-shirt à capuche floqué d’un message évoquant singe et jungle, même si c’est un singe qualifié de « plus cool ».

« Comment expliquer que la vingtaine de personnes qui ont travaillé sur ces photos n’ait pas réagi ? », se demandent les auteurs d’un article publié le 12 février 2018 par Les Echos et traitant des « décisions absurdes ». Article dans lequel un professionnel de la publicité, Guillaume Martin, répond : « On peut imaginer des personnes si focalisées sur la forme qu’elles ont manqué de recul pour évaluer le message de fond véhiculé par le visuel ».

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(Capture du site des Echos.)

 

Ténébreuse idée

Ainsi donc, les neurones qui ont laissé naître ce singe d’une nuit d’hiver ne savaient pas qu’il allait avoir un tel accueil. (D’ailleurs, nul besoin de préciser « nuit d’hiver », puisque, comme dit plus haut, en Suède, « l’hiver n’est qu’une nuit sans fin », et personne ne peut préciser si cette idée simiesque a jailli à 08H57, 13H24 ou 19H46.)

Et dire qu’avec plus de lumière, on aurait pu faire l’économie d’une nouvelle polémique, déjà qu’on a fort à faire avec le serial twitteur-là qui doit aussi avoir du givre au cerveau.

– Le serial twitteur givré, je vois qui c’est. Son prénom commence par D. et…

– Allons, allons, pas de nom. Il est reconnaissable entre mille. C’est drôle, d’ailleurs, quand on y pense, on dirait qu’il est un personnage surgi du « Vallon du diable ».

– Où est-ce ?

– Près du Cap, en Afrique du Sud, d’après ce qu’écrit l’auteur, André Brink.

– Ah, c’est un livre.

– Oui. Un livre passionnant. C’est un journaliste, Flip Lochner, qui va enquêter sur une communauté de Boers enfermés sur eux-mêmes. Un vallon où, et là, c’est Lochner qui parle, « nulle part (…) on ne voyait d’ouvriers de couleurs, ni noirs ni autres. On aurait pu être en Europe centrale, sur la lune n’importe où, mais pas dans l’Afrique du Sud où j’ai passé toute ma vie ».

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(Photo : Coumba Sylla)

– D’accord, d’accord, je vais chercher le livre. Mais revenons au sujet. Que vient faire la lumière dans l’histoire du singe sur le sweat-shirt ?

– De la thérapie. La luminothérapie.

– Qu’est-ce ?

– La lumière pour soigner la dépression saisonnière ou encore le « blues de l’hiver ». Il paraît qu’il y a une ville en Suède qui, en 2012, a même équipé ses arrêts de bus de lampes pour redonner à ses habitants l’énergie comme le ferait la lumière du soleil.

– Ah, ceux qui ont du soleil toute l’année sont fort bien !

– Bien gâtés pendant l’hiver, c’est certain.

– Quelle chance ! Mais… quelque chose me turlupine.

– Qu’est-ce ?

– Et si le singe ne s’était pas échappé de neurones givrés par une nuit d’hiver, mais d’une tête dont le ou la propriétaire sirotait un cocktail frais en prenant un bain de soleil ?

– Dans ce cas, tout ce qui précède serait à revoir.

– Faisons-le.

– Vous n’y pensez pas ? Vous avez vu la température ?! Il fait un temps à rentrer chez soi boire du jus de légumes mitonnés avec du poulet.

– Qu’est-ce ?

– De la soupe de poulet.

Je m’en vais de ce pas à la soupe. Couvrez-vous bien et à la prochaine !

Coumba Sylla

A toutes fins utiles…

Où l’on apprend que :

« Pour que la luminothérapie soit efficace, il faut s’exposer à une lampe de 10 000 lux quotidiennement, pendant au moins 30 minutes, idéalement dès le réveil. « On doit positionner la lampe à environ 40 ou 50 centimètres de soi et garder les yeux ouverts, puisque c’est l’effet de la lumière sur la rétine qui fonctionne », souligne madame [Marie-Pier] Lavoie [psychologue au centre de santé ThéraVie]. Il n’est pas recommandé de regarder directement la lampe, on peut par exemple la mettre sur la table pendant qu’on déjeune. »

C.S.

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