Lecture du vendredi 10 novembre 2017 : Ken Bugul

  • « La pièce d’or » de Ken Bugul, Editions Eburnie, 2015.
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(Photo : Coumba Sylla)
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(Photo : Coumba Sylla)

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Extraits

« C’était la loi de la vie »

(Photo : Coumba Sylla)
(Photo : Coumba Sylla)

« +Qui voulait-il être ?+, aurait-on pu se demander s’il en avait parlé. L’homme n’en avait jamais parlé. Il vivait avec son sentiment. Oui, c’était un sentiment. Sa conscience n’en était pas pour autant perturbée. On pouvait même dire que sa vie n’en était pas affectée. Pourtant, avant son mariage, il ne se posait pas ce genre de questions. Avant de devenir un homme responsable, qui devait avoir une famille et s’en occuper. C’était ce sentiment de malaise que quelqu’un pouvait éprouver sans en connaître exactement le sens. Mais le sentiment était là. Etre quelqu’un d’autre. (…) Mais les hommes ne se posaient pas de questions. C’était ainsi. C’était la loi de la vie. Les bêtes, elles, personne ne se demandait si elles se posaient des questions. C’était ainsi. C’était la loi de la vie. L’homme marchait vite pour ne pas être surpris par le soleil qui, dès qu’il allait se lever, allait lui brûler le visage sans pitié. Ou peut-être avait-il peur de devenir, ce matin-là, celui qu’il aurait voulu être ? »

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« Les hommes impuissants avaient toujours la +bouche+ en parlant des femmes »

(Photo : Coumba Sylla)
(Photo : Coumba Sylla)

« En général, les hommes impuissants se devinaient par leur attitude. Ils étaient toujours en train de parler de femmes qu’ils auraient aimé baiser à la suite l’une de l’autre. Ils disaient que la première femme qui se hasarderait dans leurs lits allait jouir jusqu’aux étoiles. Ils disaient que leurs +amis+, en parlant de leurs sexes, savaient fouiller avec méthode les profondeurs abyssales des femmes. Les hommes impuissants avaient toujours la +bouche+ en parlant des femmes, comme on disait. »

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« Comme un tapis de prières oublié »

(Photo : Coumba Sylla)
(Photo : Coumba Sylla)

« Depuis les années soixante, les problèmes et les difficultés s’amoncelaient. Les récoltes étaient de plus en plus mauvaises pour un pays dont la principale activité était le travail de la terre et l’élevage. Depuis les années soixante, les récoltes étaient achetées et non payées. Ensuite, il n’y avait plus de semences, plus d’engrais et puis plus rien. Les années soixante avaient autorisé les manifestations, les revendications, mais ce n’était qu’une autorisation. A Birlane, des gens étaient allés voir les autorités locales pour réclamer leurs dus à coups de branches d’arbres et de cris, en vain. Les autorités locales promettaient que le problème allait bientôt être réglé. Bien sûr, le problème ne fut jamais réglé. C’était la méthode des années soixante, méthode qui allait devenir une institution. Les problèmes s’entassaient et s’enroulaient comme un tapis de prières oublié. »

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« Sous le couvert du développement social »

(Photo : Coumba Sylla)
(Photo : Coumba Sylla)

« Avec les années soixante, la loterie nationale, qui était rentrée dans les habitudes sous le couvert du développement social, ruina les uns et les autres. Et bien plus tard, le pari, une autre nouvelle consommation, vida tous les calepins, portefeuilles, épargnes, et les marmites désespérément se vidèrent. »

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Coumba Sylla

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