Lectures du vendredi 3 mai 2019 : deux anthologies sur le désir et le plaisir dirigées par Léonora Miano

Avec des nouvelles de : Alfred Alexandre, Edem Awumey, Julien Delmaire, Frankito, Julien Mabiala Bissila, Léonora Miano, Jean-Marc Rosier, Insa Sané, Felwine Sarr, Sunjata et Georges Yémy.

(Photo : Coumba Sylla)
(Photo : Coumba Sylla)
(Photo : Coumba Sylla)
(Photo : Coumba Sylla)

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Avec des nouvelles de : Hemley Boum, Nafissatou Dia Diouf, Marie Dô, Nathalie Etoke, Gilda Gonfier, Axelle Jah Njiké, Fabienne Kanor, Gaël Octavia, Gisèle Pineau, Silex, Elizabeth Tchoungui, Léonora Miano.

(Photo : Coumba Sylla)
(Photo : Coumba Sylla)
(Photo : Coumba Sylla)
(Photo : Coumba Sylla)

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Extraits

(Photo : Coumba Sylla)
(Photo : Coumba Sylla)

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(Photo : Coumba Sylla)
(Photo : Coumba Sylla)

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« A califourchon sur mon coeur »

« D’aussi loin que je me souvienne, je n’avais jamais côtoyé que des salopes, des filles sans scrupule à califourchon sur mon coeur. Monique cependant était différente, elle était la saloperie même et je l’aimais à m’en balafrer ; j’acceptais ses rebuffades, pire, je les réclamais, et quand sa morgue m’oubliait ne serait-ce qu’une journée, j’allais au-devant de son mépris. J’étais le chien podagre qui rampe vers les coups. J’aurais pu éviter ma vie, changer, muer comme un lézard après l’averse, mais la médiocrité était un royaume que je ne me lassais pas d’arpenter. »

(Julien Delmaire, « Un papillon » dans « Première nuit. Une anthologie du désir »)

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« Martyr d’une frayeur » ancestrale

« Je suis le martyr d’une frayeur plus vieille que moi, celle des totems et des taureaux égorgés, des couteaux aiguisés sur le front de l’abîme. »

(Julien Delmaire, « Un papillon » dans « Première nuit. Une anthologie du désir »)

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Le désir, « une chausse-trappe » ?

« Fodé avait toujours considéré le désir comme une chausse-trappe qu’il fallait soigneusement éviter. Les abîmes dans lesquels il conduisait ceux qui se laisse régenter par lui l’avaient effrayé. Il s’était construit sur sa capacité à être libre de tout penchant, donc, de toute forme de dépendance. Il avait appris à les réprimer, les contrôler, les mettre en coupe réglée. Manger peu, dormir juste ce qu’il fallait, ne pas fumer, ne pas boire, ne pas être accro à une série télé… »

(Felwine Sarr, « Redux » dans « Première nuit. Une anthologie du désir »)

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Ouvre ton âme et carpe diem

« S’agit-il ici de possession ? De quoi d’autre ? Du fait que tu sois écorchée vive et prennes la vie à cœur ouvert. L’âme ouverte est celle qui accueille ce qui advient. Sais-tu par quelle chaîne causale complexe la vie nous a menés à cette rencontre dans le but de s’accomplir ? »

(Felwine Sarr, « Redux » dans « Première nuit. Une anthologie du désir »)

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« Le temps pouvait toujours passer »…

« Ayant rangé ses affaires avec soin, glissé la recette du jour dans son soutien-gorge après l’avoir enfermée dans un mouchoir en tissu noué deux fois, la marchande des heures diurnes s’éloignait maintenant.  La charge qu’elle transportait sur la tête l’obligeait à garder le dos et la nuque bien droits, elle marchait sans se presser, parce que le temps pouvait toujours passer, l’essentiel était de savoir où l’on se rendait. »

(Léonora Miano, « Blue Hotel » dans « Première nuit. Une anthologie du désir »)

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Kongossaland

« Dans cette ville qui mettait un point d’honneur à mépriser le sommeil, où mille paires d’yeux n’avaient d’autre activité que celle d’épier le quidam, où les nouvelles se répandaient avant même d’avoir été formulées de façon précise, il était difficile de n’agir qu’à sa guise. »

(Léonora Miano, « Blue Hotel » dans « Première nuit. Une anthologie du désir »)

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(Photo : Coumba Sylla)
(Photo : Coumba Sylla)

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La puissance des mots

« Certains ont besoin d’images pour nourrir leurs fantasmes, films, photos, gros plans de nus. Depuis toujours, seuls les mots nourrissent mon imaginaire. »

(Hemley Boum, « Le dealer » dans « Volcaniques. Une anthologie du plaisir »)

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Le sexe, tabou réel, informe, imprécis

« Mes parents se voulaient ouverts, l’étaient sans doute plus que certains autres de ma connaissance, malgré tout, les questions de sexe étaient taboues à la maison. De ces interdits qui, quoique bien réels, demeurent informes, imprécis, et d’autant plus définitifs. Nul ne nous avait défendu d’en parler, mais il ne me serait jamais venu à l’idée de poser la moindre question à ma mère. »

(Hemley Boum, « Le dealer » dans « Volcaniques. Une anthologie du plaisir »)

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« Ranger sa vie dans des cartons »

« Dix ans plus tôt, Keisha avait quitté Washington, D.C. pour New York City. Les nouveaux départs la rendaient mélancolique. Choisir entre ce qu’il fallait garder ou jeter, la tâche était ardue. Elle avait du mal à faire le tri dans ses affaires. Chaque objet évoquait un souvenir, une personne, un moment particulier de son parcours, des joies, des souffrances, des regrets. Ranger sa vie dans des cartons, Keisha en était incapable. »

(Nathalie Etoke, « Café noir sans crème » dans « Volcaniques. Une anthologie du plaisir »)

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Irrésistibles « fragilités des femmes fortes »

« Derrière son air réservé, Ishmael éprouvait lui aussi une forte attirance pour Keisha. Elle correspondait à un profil de femmes noires qu’il croisait souvent dans le cadre de son travail. Médecins, professeurs d’université, cadres supérieurs, elles avaient entre trente-cinq et quarante-cinq ans. Ce qui était apprécié au plan professionnel, on l’exécrait dans la relation sentimentale – trop d’autorité, trop d’indépendance, une incapacité à donner à l’homme la place qu’il méritait. Célébrées dans leur métier, ces dames recevaient des récompenses honorifiques qu’elles ne partageaient avec personne. Après les mondanités qui seyaient à leurs exploits, elles prenaient d’assaut la chambre à coucher, s’empiffraient de brownies ou de glace, pleuraient parfois à chaudes larmes. Ishmael ne résistait pas aux fragilités des femmes fortes. Il y avait dans leur regard une anxiété inavouée que l’on prenait pour de l’assurance, un mélange de réserve et d’audace. »

(Nathalie Etoke, « Café noir sans crème » dans « Volcaniques. Une anthologie du plaisir »)

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« La paix d’un foyer n’a pas de prix »

« En dépit des apparences, je ne suis pas une fille de ville. Je viens d’un trou où les vieilles vont à pied, où la terre pue la forêt, où les moustiques piquent à mort. Je n’en ai jamais fait toute une maladie ou une légende, de cette enfance. A force de malice et de ténacité, je me suis façonnée toute seule et ne retourne chez les miens que pour les enterrements. ll suffit qu’un parent ou un voisin crève pour que mon téléphone sonne. J’ai à peine présenté mes condoléances que, déjà, je dépoche. Payer le +wengué+ ou le +sapeli+ qui servira à fabriquer le cercueil. Payer les habits de fête et les chaussures du mort. Payer le manger, la musique et le boire pour la veillée. Payer pour ceux qui restent. Payer s’il y a des dettes. Payer tout cela avec l’argent d’Ignace pour que le ciel ne tombe pas sur nos têtes.  Un riche n’a pas d’amis. La paix d’un foyer n’a pas de prix. »

(Fabienne Kanor, « Rayon hommes » dans « Volcaniques. Une anthologie du plaisir »)

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« C’est important, les épaules d’un homme »

« J’ai commandé un virgin mojito amélioré et regarde passer les hommes. Je sais, ça ne ressemble à rien, un mojito, dans un bar français, mais je sais ce que je fais. Je ne suis là que pour me lever un type. Un énergique avec des épaules et un phallus – impossible de concevoir moins – de 15 centimètres, en érection. C’est important, les épaules d’un homme. Ca dit comment il se comportera au lit. S’il prendra les choses en main ou s’il manquera d’initiative. »

(Fabienne Kanor, « Rayon hommes » dans « Volcaniques. Une anthologie du plaisir »)

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(Photo : Coumba Sylla)
(Photo : Coumba Sylla)

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Coumba Sylla

@ Dakar

 

 

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