Lectures du vendredi 18 mai 2018

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(Photo : Coumba Sylla)

« Avertissement » des auteurs

« Cette histoire s’inspire de faits réels, tels qu’ils ont été découverts par Armelle Mabon et en partie complétée par les auteurs lors de leur enquête au Sénégal (enquête parue dans la revue XXI, n° 39, été 2017, +Nos crimes en Afrique+ […]).

Toutefois, certaines scènes, situation et certains personnages ont été modifiés ou totalement imaginés pour les besoins de la fiction. »

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(Photo : Coumba Sylla)

Armelle Mabon, historienne française, spécialiste des prisonniers de guerre dits « indigènes », est la conseillère scientifique de cet ouvrage.

Elle travaille depuis plusieurs années sur le massacre de tirailleurs sénégalais survenu le 1er décembre 1944 à Thiaroye, en banlieue de Dakar. Ces soldats africains ayant combattu pour la France réclamaient alors des arriérés de soldes. Mme Mabon conteste la thèse officielle faisant état d’une « mutinerie » réprimée dans le sang et d’un bilan de 35 tirailleurs tués. Elle estime qu’il y eut au moins 300 morts.

Sur la quatrième de couverture :

« Le 1er décembre 1944 à Thiaroye, au Sénégal, l’armée coloniale française ouvre le feu et assassine des centaines de soldats +indigènes+, anciens prisonniers de guerre.

Depuis, l’Etat français ment sur cet épisode tragique et nie ce meurtre de masse.

Armelle Mabon, historienne, se bat depuis vingt ans pour rétablir la vérité.

+Morts par la France+ rend hommage à ces soldats oubliés et tente de réhabiliter leur honneur bafoué. »

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(Photo : Coumba Sylla)

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EXTRAITS

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(Photo : Coumba Sylla)

Mafé à la viande

– Qu’est-ce qu’ils vont faire de nous ?

– Comment veux-tu que je le sache ? J’ai jamais été prisonnier.

– Peut-être qu’ils vont nous renvoyer chez nous.

– J’espère.

– Quand je vais rentrer, ma femme, elle me fera un maffé (mafé) à la viande. J’ai tellement faim.

(Pat Perna et Nicolas Otero, « Morts par la France »)

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(Photo : Coumba Sylla)

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Insupportable Mobutu

– Mobutu !

– Qu’est-ce que je t’avais dit… Il est insupportable !

(Pat Perna et Nicolas Otero, « Morts par la France »)

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(Photo : Coumba Sylla)

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« Un symbole de l’injustice »

– Tout le monde le sait ici. Les victimes de Thiaroye sont devenues un symbole de l’injustice. Les Français ont prémédité ce massacre et nous ne parlons pas de 35 morts, ce qui en soi serait déjà injustifiable… mais de centaines !

– Biram, ce sont des accusations graves.

– Ce sont les faits qui sont graves. Vous devriez creuser cette piste, Armelle. Pour mon père, et pour tous ses frères assassinés. La quête de la vérité, c’est le travail des historiens, non ?

(Pat Perna et Nicolas Otero, « Morts par la France »)

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(Photo : Coumba Sylla)
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(Photo : Coumba Sylla)

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« Mais la vérité est comme la vie, elle trouve toujours un chemin. »

(Pat Perna et Nicolas Otero, « Morts par la France »)

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(Photo : Coumba Sylla)

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« Qu’est-ce qu’on a fait ? »

(Pat Perna et Nicolas Otero, « Morts par la France »)

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(Photo : Coumba Sylla)

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(Photo : Coumba Sylla)

« Le chemin de longue absence »

« Tant d’hommes ont parcouru le chemin de longue absence !

Un seul est-il revenu nous en faire confidence ?

A ce carrefour, hélas, de misère et de mirage

N’oublie rien de ton bagage : tu n’y repasseras pas. »

(Omar Khayyâm, « Vivre te soit bonheur ! »)

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(Photo : Coumba Sylla)

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« Me voici ! »

« De temps à autre se lève un qui clame : Me voici !

Il déploie monts et merveilles : le grand homme que voici !

Et quand il a réussi sa petite affaire, un jour

La Mort surgit à son tour qui murmure : Me voici ! »

(Omar Khayyâm, « Vivre te soit bonheur ! »)

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(Photo : Coumba Sylla)

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Après nous, rien ne manquera au monde

« Ah, que de siècles sans nous le monde continuera,

Sans nul souvenir de nous ni vestige de nos pas !

Avant notre venue rien ne manquait à l’univers ;

Après notre heure dernière rien non plus ne manquera. »

(Omar Khayyâm, « Vivre te soit bonheur ! »)

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(Photo : Coumba Sylla)

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« Et vivre te soit bonheur ! »

« Si tu t’enivres, Khayyâm, l’ivresse te soit bonheur !

Si tu étreins une femme, cet amour te soit bonheur !

Toute chose de ce monde s’achève dans le néant :

Dis-toi que tu es néant, et vivre te soit bonheur ! »

(Omar Khayyâm, « Vivre te soit bonheur ! »)

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(Photo : Coumba Sylla)

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(Photo : Coumba Sylla)

Coumba Sylla

A toutes fins utiles…

♦ Bande dessinée « Demba Diop, un tirailleur sénégalais dans la Grande guerre » par TemPoe (Thierry Bonneyrat), Mor et Florent Daniel, Editions Petit à Petit, 2017.

« +Morts par la France+, pour une pleine reconnaissance des victimes de Thiaroye » par Olivier Favier, Radio France Internationale (RFI), 11 mai 2018.

« Les mensonges de Thiaroye » par Pat Perna, texte illustré par Yann Kebbi, revue XXI n°39, été 2017.

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(Photo : Coumba Sylla)

« Sidi Diop est une sentinelle. Il veille sur une armée morte. Une caserne peuplée de fantômes au bout d’une grande route toute droite, comme il en existe beaucoup autour de Dakar, sillonnée par des minibus brinquebalants aux couleurs criardes, bardés de symboles religieux. Une poche de silence, au milieu d’un brouhaha de moteurs. L’homme fait le guet derrière une grille en fer forgé au fronton de laquelle est écrit +Cimetière militaire de Thiaroye+.

(…)

Depuis 2010, de hauts murs protègent les stèles, alignées comme à la parade, avec leurs carrés de terre parsemés de coquillages. Au total, deux cent dix petites pierres blanches dépourvues de toute inscription, écrasées par le soleil. Des soldats inconnus, parce que personne n’a jugé utile de divulguer leur identité. Des tombes vides. Des cénotaphes. Des corps ont été enterrés dans ce faubourg miséreux de la capitale sénégalaise, mais en vrac, et sans sépulcre. »

« Thiaroye 1944. Histoire et mémoire d’un massacre » : entretien avec l’historien Martin Mourre par Vincent Hiribarren, blog Africa4, 16 août 2017.

« Ce matin-là [le 1er décembre 1944, NDLR], on réunit les tirailleurs sur l’esplanade du camp. Des tirs provenant d’armes automatiques partent, occasionnant des dizaines de morts, peut-être même des centaines. Si ce bilan concernant le nombre de tués est aussi imprécis, c’est que, dès qu’il advient, l’on est en face d’une véritable tentative pour camoufler cet événement – ainsi le nombre de soldats présents à Thiaroye ce jour-là varie dans les différents rapports de 1200 à plus de 1600, ce qui semble assez inconcevable dans une institution comme l’armée ! Les rapports des différentes autorités présentes à Dakar comportent des non-dits, des incohérences, qui font penser que l’on est face à une véritable falsification de ce qui vient de se produire. L’enjeu étant de faire considérer que cette répression sanglante était légitime, d’où l’insistance à la qualifier de mutinerie. Il manque aussi des éléments pour déterminer l’attitude du Gouvernement provisoire de la République française, dirigé par de Gaulle à cette époque. Si aucun élément n’a pu être trouvé impliquant le général, à l’inverse celui-ci n’a jamais condamné publiquement les événements de Thiaroye. »

C.S.

4 commentaires sur “Lectures du vendredi 18 mai 2018

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