Surimpressions

DAKAR – Oh, il y a Ray Charles qui sourit au soleil à travers une vitre ouverte ! Et qu’est-ce qu’il a l’air heureux !

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Surimpression sur une photo de Ray Charles par Samuel Nja Kwa. (Photo : Coumba Sylla)

Oui, ce chanteur et musicien américain est mort en 2004, je sais, mais attendez que je vous explique…

Il y avait le soleil, des vitres bleutées qui le laissaient généreusement passer, des photos en noir et blanc…. C’était ce samedi 18 novembre 2017, dans la capitale sénégalaise, à l’exposition photographique « La Route du Jazz » du Franco-Camerounais Samuel Nja Kwa en marge de la conférence organisée par la fondation Music In Africa, ACCES Dakar 2017, avec pour maîtresse d’oeuvre sa présidente, la Sénégalaise Aisha Dème.

Place du Souvenir africain, donc. On est samedi, dans l’après-midi. Dans leurs cadres sombres, les photos prennent un bain de soleil, posées contre des vitres se découpant sur les murs blancs de la salle d’expo circulaire comme les dents dans un sourire extra-large. Et comme si le soleil ne suffisait pas, des lampes sont allumées, ajoutant de l’éclat au festival de lumières qui fait presque voir son vis-à-vis en contre-jour.

N&B

J’aime la musique, j’aime les photos, j’aime le noir et blanc. Vous avez compris, il y a ici tout ce qu’il faut pour faire mon bonheur. J’aime aussi faire des photos (je les fais mal, m’a-t-on dit), y compris de photos (bien) faites par d’autres. Je ne me gêne pas (et j’ai la permission de l’auteur et de l’organisatrice, Nathalie Dia, de l’agence de communication Opal, alors, pourquoi me priver ?).

Tout en faisant des photos de photos, je me dis : « Argh, toute cette lumière et tous ces reflets sur les cadres, ils me flinguent mes photos mal faites. Des rideaux pour atténuer tout ça, ça aurait pu être bien… »

Je fais mes mauvaises photos de près, de loin, de face, latéralement, en contre-plongée… Pas en plongée, parce que c’est un peu compliqué :  mes quelques centimètres de talon  ne sont pas de taille pour ce faire, il m’aurait fallu en plus une échelle… Bref, j’essaie de m’éviter dans le cadre de mes « photos mafé » (de mal faites à mafé, il suffit d’oser ; j’ose. De toute façon, « photos tigadèguè« , ça ne marche pas. Quoique… Pour ceux qui se le demanderaient : tigadèguè [ou tigadèguè na en bambara] et mafé, c’est la même sauce). J’essaie d’éviter les vitres, d’éviter les autres visiteurs. Et puis, surimpression. Ray Charles lève la tête et sent une vitre ouverte.

Une image se superpose à une autre et vous les voyez l’une à travers l’autre (c’est une technique de trucage utilisée dans le cinéma et à la télévision notamment).

Bonheur figé

La photo exposée a été prise à Paris, au Palais des Congrès, en 2001, précise Samuel Nja Kwa. Dans le cadre, on voit Ray Charles, ravi, en costume de scène lumineux, debout devant un clavier, tournant dos à un autre musicien. Sur l’image, le chanteur-pianiste lève la tête. En surimpression, apparaissent des vitres, dont une est ouverte. On dirait qu’elle lui apporte des rayons revigorants. Comme un fugace instant de bonheur figé.

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Ray Charles par Samuel Nja Kwa, « La Route du Jazz ». (Photo : Coumba Sylla)

 

Continuons. Voici Ravi Coltrane, saxophoniste américain – et fils de John Coltrane mais, selon Samuel Nja Kwa, il « n’aime pas trop qu’on lui parle de son père ». Il a l’air de s’accouder à une barrière de vitres, au lieu – comme le montre la photo originale prise à Paris en 2000 – d’être assis devant un piano, un saxophone à ses pieds.

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Ravi Coltrane. Photo d’une photo de Samuel Nja Kwa, « La Route du Jazz ». (Photo : Coumba Sylla)

 

Le trompettiste américain Terence Blanchard, l’air d’un sosie d’Ice Cube en compétition pour un prix de sourcils froncés, lui, semble enlacer la bassiste sénégalaise Maah Koudia Keïta, du groupe (familial) Takeifa, et son père, qui visitent ensemble l’expo.

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Terence Blanchard. Photo d’une photo de Samuel Nja Kwa, « La Route du Jazz ». (Photo : Coumba Sylla)

 

J’ai commencé par un sourire, celui de Ray Charles, je finis par un autre, celui du saxophoniste camerounais Manu Dibango. Et, oh, vous voyez ? Il a des vitres à la place des dents… enfin, sur les dents. Surimpression, bien sûr.

 

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Manu Dibango. Photo d’une photo de Samuel Nja Kwa, « La Route du Jazz ». (Photo : Coumba Sylla)

Coumba Sylla

  • L’exposition photo La Route du Jazz à Dakar a duré deux jours, le temps de la conférence ACCES, les 17 et 18 novembre 2017.
  • Samuel Nja Kwa a compilé ses photos dans un livre, Route du Jazz, publié aux Editions Duta (2014).

 

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